Mémoires de nulle part

mardi 23 avril 2013

Mais qui a dit que le laïque est mieux que le religieux?

Certes, nous n’envoyons plus les sorcières au bûcher et nous n’associons plus les chats noirs au Malin, c’est un fait et une avancée. Certes, le savoir n’est plus subordonné au pouvoir théologique en place, et l’homme connaît (et éduque) librement et en dehors des institutions religieuses. Certes, l’Occident est capable de hisser ces étendards dont il est si fier, la liberté, le libre arbitre humain, la séparation de ce qui est issu de la représentation que l’homme se fait de Dieu dans la création, et la création elle-même. Certes, l’homme occidental moderne peut vivre sans Dieu. Peut même, symboliquement et philosophiquement, proclamer la mort de Dieu. Peut même, certes, affirmer la toute puissance et la totale autonomie de l’individu en tant que être crée mais mortel, dont le sens s’épuise dans la vie humaine, dans l’histoire, sans nécessité réelle d’avoir recours à la métaphysique pour accomplir et donner un contenu propre à ce sens.
Mais. Qui a dit que la progressive émancipation de l’homme de ses divines origines en constitue logiquement, nécessairement, automatiquement une garantie d’avancée et de bonheur ? Qui a dit que l’homme en costume laïque (et souvent athée) vit mieux en société que l’homme spirituel et religieux – alors qu’il y a probablement plus de chances que puissent bien vivre ensemble ceux dont la vision est authentiquement spirituelle, et qui aiment et respectent leur prochain comme soi-même? Qui a donc dit que la neutralité, le degré zéro intellectuel et spirituel existe et, encore plus, est-il souhaitable pour le bonheur de l’humanité ? Que veut dire qu’une institution doit être laïque, alors même qu’elle est composée d’hommes et femmes dont la diversité est une forme d’enrichissement et surtout dont le bonheur et équilibre personnels sont la seule garantie de réussite de cette institution?
Nous le savons : le matérialisme, et la croyance que l’être physique et sensible de l’homme épuise tous les possibles sens de l’être, cela favorise cette autre croyance, selon laquelle au-delà de la vie rien n’existe et compte pour l’homme, si ce n’est quelque chose de vaguement fantomatique dont la faible matérialité ne cesse d’effriter la solidité, dans nos imaginaires très humains.
Pourtant, personne ne pourra en réalité nier que ce qui nous garde en vie, que ce qui compte réellement pour chacun n’est pas dans la vie elle-même, dans ses aspects évidents pour les cinq sens, mais ce qu’elle dégage au-delà de nos sens. Ce n’est pas le travail en lui-même ni le salaire perçu qui rendent supportable la vie du travailleur, mais le sentiment de bien-faire qui, si possible, doit émaner de son activité. Ce n’est pas une rose, ni son parfum, qui rendent ‘beauté’ et ‘plaisir’ des notions pleines, concrètes, souhaitables. Ce n’est pas la procréation d’un enfant qui rend l’expérience de la filiation importante et magique, mais la réussite de l’éducation, du rapport entre enfants et géniteurs, l’accomplissement et le bonheur de cet être auquel nous donnons naissance. Ce n’est pas un visage, ou une chevelure, ou la couleur des yeux de l’être aimé qui constituent nos raisons de vivre, mais ce qu’elles représentent pour nous, dans notre coeur, dans nos souvenirs, dans nos attentes de bonheur.
Autrement dit, l’expérience humaine est constituée de façon radicale et profonde des représentations non sensibles de l’être, de ‘non-matière’, du spirituel (ou sentimental, pour certains) que chaque homme ou femme est en mesure de faire rentrer dans sa propre vie pour le vivre de façon harmonieuse, de sorte que ces représentations – figures, symboles, rituels, sentiments, émotions durables, mémorisables et réitérées – ont un impact pacifique, sensé et heureux sur l’existence. Ce n’est pas difficile de comprendre que l’élan vers l’amélioration de sa permanence sur terre a toujours guidé l’homme, et que si la vie seule, le ‘degré-zéro’, la matière suffisaient à nous mener vers la réussite, rien de ce qui constitue l’homme aujourd’hui existerait : la liberté même, justement, n’existerait pas ; nous serions surdéterminés par un destin qui s’accomplit dans et par la matière ; l’art non plus, l’écriture non plus, la solidarité non plus, le partage d’idées et biens non plus, le savoir même, théorique et pratique, et la transmission de celui-ci, les loisirs, rien, et je dis bien rien, n’existeraient de ce qui constitue l’homme moderne, s’il était vrai que l’homme a seulement besoin de pain pour vivre.


Les noirs détracteurs du religieux

L’homme n’a donc pas besoin que de pain pour vivre. Il a besoin aussi d’autre que de pain. Mais de quoi d’autre ? L’homme moderne est habitué à donner à cette question une réponse ‘relative’, dont l’espace sémantique est suffisamment large pour permettre à chacun d’y trouver son compte. Au fait, si nous regardons de près, toutes les réponses réunies donnent vie à une seule réponse : ce qui est au-delà de la vie fonde la vie même. La fonde dans son sens originaire (puisque l’être a été l’issue du non-être originaire), mais, pour rester plus terre-à-terre, la fonde dans ce dont la vie nécessite pour dégager sa part de plaisir, de bonheur, de bien-être pour qu’elle ait un sens, qu’elle ne soit pas un enfer, ou un ratage.
Or, la religion est une représentation humaine du non-être de la vie, du sens que l’homme donne à l’au-delà à la vie. D’autres représentations existent, qui relèvent également de la façon dont l’homme nourrit son imaginaire autour de ce qui est au-delà de la vie même pour revenir ensuite renforcé et, je dirais, légitimé vers le sens de la vie. Quand bien même le statut de vérité de chacune de ces représentations, religieuses ou non, puisse à plusieurs égards avoir un caractère de ‘relativité’, elles sont néanmoins toutes pleinement porteuses de sens, légitimes, parfois respectables, et bien entendu utiles pour que l’homme n’ait pas à faire face à un vide spirituel, intellectuel et existentiel auquel il n’est pas indispensable ni fructueux qu’il se mesure. Puisque l’esprit existe, autant le cultiver, l’aider, le renforcer, le nourrir. Les visions matérialistes, anti-spiritualistes, nihilistes, anti-religieuses, noires et désespérées, ne constituent pour l’homme moderne que des jouets sortis d’une irréalité d’autant plus nocive qu’elle est source de déséquilibre, et pas structurante. Car rien ne peut être bâti sur un être qui a comme but le non-être! La négation du principe d’accomplissement de la vie au de-là de la vie même est une pure aberration du point de vue de tout être existant. Soit dit entre parenthèse que cette loi fondamentale nous est présentée aussi dans les cycles de la nature, qui se renouvelle de façon spontanée vers l’être en passant de façon réitérée par le non-être. Que la vie et l’existence ne se terminent pas avec et dans la vie même, est une évidence tellement grande que seul le raffinement de l'entendement humain, crée, lui-seul, pour comprendre cette évidence, la maîtriser, l’utiliser et la porter à la lumière, peut nier. Mais ce jeu purement intellectuel, ce procédé dont le but devrait être ludique, devient pour certains terriblement sérieux, et ils finissent, vraiment, par y croire, et faire de cette croyance une nouvelle religion : la laïcité.


Chemises noires et cinéma


Pour qui, comme moi, vit depuis maintenant 15 ans sans télévision, l’Internet est l’instrument parfait pour ne pas rester coupée du monde, pouvoir savoir qui est Nabila, pourquoi le métro ne fonctionnera pas demain, et d’autres aménités.
La nuit passée, ne pouvant pas dormir, j’ai regardé en streaming (la joie du streaming ! briser l’actualité et la soumettre au rythme de nos insomnies !) le Grand Journal de Michel Dionisot. Quelle chance, je tombe sur un invité d’excellence : Michel Onfray.
De sa présence, je ne retiens pas grande chose, et surtout, malheureusement, aucune aura (mais quel invité du Grand Journal a-t-il jamais une aura ?). Il a une tête plutôt antipathique, un sourire crispé, un regard sans douceur. Soit. Mais il porte, ce soir, une chemise noire. Et cela, j’avoue, ne m’est pas indifférent.
Les chemises noires étaient le bataillon de Mussolini dans les années de l’Italie fasciste. On connaît leur méthode violente et intimidatrice pour maintenir l’ordre auprès du peuple. Mon grand-père maternel était, paraît-il, chemise noire dans l’Italie de la deuxième guerre mondiale. Il fut, paraît-il, tué par des partisans de la plaine autour du Po qui, à court d’armes, le massacrèrent à coups de sachets de riz dans le dos. Ma grande-mère maternelle, quant à elle, était juive. Cela créa un certain désordre dans ma famille. Avait-elle caché ses origines à ce mari qu’elle adorait, auquel elle envoyait des photos dédicacées dans les diverses langues étrangères qu’elle parlait ? Est-ce pour cela qu’elle se signait ‘Beba’ et non pas avec son véritable prénom, éminemment juif, Ester ? Que ressentait Ester lors de la promulgation des lois raciales contre les juifs en 1938 par le parti fasciste, dont son mari faisait vraisemblablement partie ?
Les propos de Michel Onfray sont si inintéressants que je commence en effet à penser à la mystérieuse histoire de mes grands-parents, tout en trouvant d’un parfait mauvais goût le choix de cette couleur pour le passage télé d’un philosophe censé représenter une forme de joie de la pensé.
D’abord, première donnée irréfutable du point de vue formel, cet homme se prend terriblement au sérieux. Il parle de la façon nerveuse et saccadé, sans plaisir, avec la raideur qu’affichent ceux qui ne parlent pas mais dictent leur loi. Il ricane devant les propos autrui et finit evidemment par se prendre la tête avec un autre invité du plateau.
Mais passons aux contenus. Je retiens très peu de significatif, mais ce peu suffit largement à nourrir la représentation que je pense devoir me faire de cet homme finalement, et heureusement, peu important en France. Une première phrase grotesque, qui retient mon attention, quelque chose du genre : je n’aime pas le cinéma, le cinéma m’ennuie, il y a tellement des livres que je n’ai pas lu…
Voilà des propos déjà bien prétentieux et indignes. Bien sûr, un être aussi noir d’aspect ne peut pas être inspiré par le cinéma, et ne peut que chercher dans la culture livresque son unique source de satisfaction intellectuelle. Je n’ai jamais osé lire un de ses livres, mais un ami, il y a des années, m’en avait parlé enthousiaste en disant que l’auteur en question prônait une espèce de retour à l’hédonisme à outrance : la consécration au plaisir, la liberté sexuelle, l’absence de morale, la mort de Dieu…
C’est donc par pur hasard (comme dirait Onfray et ses amis) qu’il y a quelque jour je suis tombée sur un film remarquable, réalisé par un athée, et néanmoins exceptionnel : Vincere, de Marco Bellocchio, le film sur la première femme de Benito Mussolini, Ida Dalser. Laissez-moi vous raconter combien ce film n’est pas ennuyeux.
C’est l’histoire de ce mariage religieux que Mussolini effacera de sa vie, ainsi que la femme et l’enfant qui en furent les protagonistes. Ida était une belle jeune femme de la fin de la Belle Epoque quand elle rencontra Benito, alors directeur de l’Avanti, quotidien socialiste. Elle est esthéticienne et styliste, de famille riche, et ouvre un institut de beauté, à la mode française, à Milano ; elle est passionnellement attaché à Benito et subjuguée par la personnalité de ce jeune homme d’origine très modeste et au passé un peu trouble, ayant bourlingué (inculpé à un moment de ‘vagabondage’ par les autorité helvétiques) entre la Suisse et l’Italie et occupé des postes de remplaçant dans certaines écoles du Nord Italia (il avait entre-temps appris le français et l’allemand), avant de tenter le succès politique en prêchant la cause socialiste, celle qui plus portait la flamme dans les âmes des italiens du début du siècle : la lutte du peuple pour maintenir sa liberté et sa dignité face à l’injustice et au changement imposés par les nouvelles bourgeoisies industrielles et para-industrielles. Mussolini veut donc devenir un des intellectuels porteurs de cette lutte. Et par cela évidemment sortir de l’anonymat et la relative misère que la vie lui a imposé jusque là.
Tout va très bien jusqu’à l’octobre de 1914, quand dans un article enflammé sur la troisième page de l’Avanti, le jeune directeur, qui avait pourtant auparavant écrit qu’il fallait préserver l’Italie de la guerre, change d’avis et affirme la nécessité de l’intervention du pays dans le conflit mondiale. L’article s’appelle: “Dalla neutralità assoluta alla neutralità attiva ed operante”, c’est à dire: de la neutralité absolue à la neutralité active et opérationnelle. Remarquez le titre, chef-d’oeuvre d’hypocrisie, de celui qui fut à plusieurs reprises décrit comme un grand orateur.
Les démissions de l’Avanti, qui l’accuse de transformisme et double-jeu, sont inévitables. L’agitateur pense alors fonder un journal à lui, dont il a déjà prêt le nom : Il Popolo d’Italia, le Peuple d’Italie. Mais comment faire pour financer cette entreprise nécessaire à sa renaissance politique et sociale ? L’occasion vient justement de Ida, follement amoureuse de Benito, et riche. Elle vend tout, mais alors vraiment tout, son bien pour financer le nouveau journal de son futur mari (même si certains historiens font l’hypothèse que Mussolini soit aussi aidé par les français par l’intermédiaire du chef de cabinet du socialiste Jules Guesde, Charles Dumas, pour que le Popolo d’Italia influence l’opinion italienne vers une intervention au côté des force alliées).
Ida n’a plus rien que son amour pour Benito, et le premier numéro du Popolo d’Italia sort le 15 novembre 1914. De ces colonnes, Mussolini attaque les anciens camarades socialistes. L’expulsion du Parti Socialiste a lieu à la fin de novembre 1914, et Mussolini voit sa disgrâce à nouveau à l’horizon. Le couple se marie juste avant la naissance du petit Benito Albino le 11 novembre 1915 ; il sera reconnu officiellement par Mussolini en janvier 1916. Mais entre temps, pendant une convalescence à l’hôpital de Treviglio, le 15 décembre 1915 Mussolini épouse en mariage civile une autre femme, qui passera à l’histoire comme sa légitime. L’existence de sa première femme épousée religieusement (et de son enfant) commence alors à être systématiquement niée et effacée par Mussolini. Les documents officiels furent brûlés ainsi que les registres de l’église où le mariage eut lieu ; les fonctionnaires furent payés pour garder le silence. Au sommet du pouvoir, au milieu des années ’20, Mussolini fit interner Ida dans un hôpital psychiatrique et accusa la femme de mythomanie et de folie. Ne pouvant fournir aucune preuve de son mariage avec le Duce, elle fut ainsi séparée de son enfant, internée à vie, et mourut en 1937 d’une attaque cérébrale. Le petit Benito Albino, à l’équilibre psychique fragile, mourut lui aussi dans un hôpital psychiatrique en 1942.
L’attitude en matière de femmes de Mussolini, capturé et fusillé le 28 avril 1945 à coté d’une de ses maîtresses, Claretta Petracci, relève de la psychopathie, qui au masculin prend bien souvent, on le sait, la forme d’un libertinage irresponsable où le psychopathe ne se préoccupe pas des possibles fruits de ses plaisirs narcissiques avec les femmes. Au moins quatre enfants illégitimes sont aujourd’hui attribués à Benito Mussolini à une époque dépourvue de moyens de contrôle des naissances.
Nous retrouvons à notre époque un autre satyre irresponsable en la figure de Silvio Berlusconi. Les points de similitude avec le Duce ne feront pas l’objet de ce papier. Un seul vaut d’être rappelé, qui pourrait ne pas sauter aux yeux des moins informés.
Lorsque la jeune marocaine Karima El Mahroug, d’âge inférieure à 18 ans, fut arrêté pour vol en 2010 et qu’elle appela du commissariat Berlusconi pour la tirer d’affaire, la rumeur commença à courir d’une relation entre Karima et le Cavaliere Berlusconi, et le téléphone de Karima fut mis sous écoute ; dans une conversation avec une copine, un ou deux jours après le scandale, la jeune femme dit plus ou moins ceci : « Silvio m’a demandé de tout nier, de dire que je ne le connais pas, de me faire passer pour folle, et il me remplira d’argent ». Le Cavaliere a assurément vu le film de Bellocchio.
Mais revenons à Onfray, qui, lui, n’aime pas le cinéma. Il est, en revanche, pour un ‘socialisme libertaire’, et pense, dit-il sur le plateau du Grand Journal, que tout est politique, et que le (bon) politique n’est pas dans les (mauvaises) institutions.
Je laisse de côté cette dernière opinion, aujourd’hui très à la mode, selon laquelle le monde de la politique n’est pas digne de contenir le concept même qu’il devrait représenter. Les institutions en crise n’étant plus dignes de confiance, on demande de jeter le système entier qui repose sur elles, sans pour autant considérer la complexité du dit système, et la difficulté de le remplacer par autre chose qu’un système qui soit lui même représentatif, donc encore une fois des institutions (c’est à dire des réunions, des associations, des collectivités et des lieux de vie commune et débat partagé).
En ce qui concerne le socialisme libertaire, la formule est plus subtile. Elle contient deux racines apparemment compatibles, celle de société/socialité, et celle de liberté, et cela rend la formule assez sexy pour les téléspectateurs du Grand Journal. Historiquement, cette formule ne rime à rien, et les éléments historiques qui la constituent, c’est à dire le socialisme et l’anarchisme, sont à strictement parler opposés dans leur mode respectif de réalisation politique, le premier donnant vie à une politique égalitaire, réformiste, pas forcement en rupture avec le marché, le deuxième (foncièrement utopique) affirmant la nécessité d’une ‘auto-gestion’ quasi miraculeuse des affaires du monde, auto-gestion dont l’impossibilité a été définitivement démontrée d’ailleurs par Platon : s’il est vrai que le gouvernement de la république doit correspondre, en toutes ses parties, à l’âme humaine, cette dernière étant imparfaite et incapable de se gouverner sans déviances, la république a aussi besoin, tout comme notre âme, d’un pouvoir éclairé qui la gouverne.
Ou peut-être Onfray pense-t-il qu’on devrait vivre en communautés isolées, à la Charles Fourier ? Je n’ose croire que Onfray soit assez honnête pour citer ouvertement ce philosophe très mal vu en France, qui avait comme cible en même temps le système sociale imposé par la Révolution française et la morale qui interdit la polygamie, et qui semble être de loin le père idéologique du fondateur d’une université dite ‘populaire’.
Nous connaissons toutefois un personnage quasi-historique qui cru dans un socialisme libertaire et anarchique : Alessandro Mussolini, le père de Mussolini, forgeron aux idées anarchistes dont on dit que Benito, dans sa toute première jeunesse, avait honte, ces idées étant d’obstacles à son ascèse sociale.


Un matin


J’enseigne dans un grand lycée public d’une grande ville française qui n’est pas Paris. Le lycée se situe en centre ville, et beaucoup d’étudiants de banlieue, attiré par son emplacement et son prestige d’ailleurs assez discutable à mes yeux, prennent tous les matins les transports en commun très tôt pour venir étudier dans ce lycée.
Ce matin, j’ai devant moi une de mes élèves de la terminale STG, Sarah. Elle marche à quelque mètre en s’approchant des grilles du bâtiment. Elle est marocaine ou algérienne, je ne sais pas. Elle est habillé d’une longue robe noire qui lui couvre le corps, une sorte de djellaba simple et sans décorations. Elle est voilée, autrement dit ses cheveux son couvert d’un foulard noire comme sa robe, qui lui laisse découvert le visage seul à partir du menton. Arrivé au feu qui précède les grilles du lycée, d’un geste très rapide où l’on découvre l’habitude, Sarah baisse son foulard vers l’arrière et découvre sa chevelure brune décoiffée. Elle passe la grille, je la regarde rentrer dans la grande cour, où elle se coiffe comme elle peut avec ses deux mains, tout en continuant à marcher puisqu’elle doit être en retard. Elle marche seule vers l’entrée. En classe, elle est toujours très bavarde, pas très souriante, mais dans les devoirs surveillés elle écrit impeccablement.
En la regardant marcher tout en exécutant son geste de soumission aux principes de laïcité républicaine, j’ai bizarrement senti un pincement au coeur. J’ai essayé de parcourir rapidement, dans ma tête, les raisons qui avaient amené à la loi de 2004, officiellement contre les signes religieux ostensibles dans les écoles, et puis celle de 2010, ouvertement contre le voile intégrale musulman dit aussi niqab, porté par une petite minorité de femmes musulmanes (souvent françaises d’origine chrétienne). Le législateur n’est pas dupe, et nous, spectateurs des jeux du législateur, ne sommes pas dupes non plus de la remarquable progression.
La gauche française au pouvoir va-t-elle s’engluer dans une loi qui interdira de porter un vêtement sous prétexte qu’il rappelle une réalité religieuse qui lui est antipathique pour des raisons idéologiques (le fameux, archi-intouchable esprit laïque) et électorales (récupérer des votes à droite, mais aussi ceux des maghrébins intégrables, modernisés, et vivant dans un contexte déjà laïcisé) ? Le législateur ira-t-il jusqu’à l’absurdité d’interdire un vêtement parce que celui-ci rappelle le respect d’une tradition (celle du port d’un couvre-chef, tradition valable pour une très grande partie de l’Afrique, et encore valable pour la mode occidentale jusqu’à l’après-guerre, puisque une dame de la bonne société ne sortait jamais en cheveux et sans chapeau), ou, parfois, la soumission à une foi religieuse au sein de la quelle la chevelure féminine doit être couverte ? Respect des traditions, respect d’une religion : où trouver la volonté de prosélytisme que voient dans le port du voile les détracteurs du religieux ? De quelle façon mon élève Sarah fait du prosélytisme en sortant les cheveux couverts de chez elle ? Doit Sarah rencontrer des difficultés dans sa vie et dans son épanouissement en France juste parce qu’elle est née dans une famille de tradition ou pratique musulmane ? Doit-elle renoncer ou cacher ses traditions ou sa religion pour ne pas déranger la frilosité de ceux qui mélangent son être musulmane à celui des intégristes salafistes aussi loin de l’Islam modéré qu’un prêtre pédophile peut l’être d’un missionnaire au Congo ?
L’Eglise catholique au pouvoir a bien envoyé les sorcières au bûcher et sacrifié des millions de pauvres gens au nom de sa suprématie politique, intellectuelle et religieuse. Cette erreur grossière et terrible n’a jamais été vue comme raison suffisante pour que l’Eglise disparaisse ou devienne une minorité détestable dont on demanderait qu’elle soit clandestine, ou qu’elle meurt dans ses traditions.


Dérives


La droite et la gauche française, sous l’influence néfastes des détracteurs du religieux, sont en train de promulguer des lois racistes : des lois qui identifient comme inférieure, méprisable, stigmatisable et à fortiori potentiellement dangereuse une partie minoritaire et différente de la population.
Le monde arabo-musulman français, victime de la mauvaise conscience généralisée des musulmans aujourd’hui, ciblés par la ‘guerre contre l’axe du mal’ américaine, dernière trouvaille démentielle de l’ère Bush, est bien trop tolérant à l’égard de ces dérives ‘légales’ qui ont bien l’air d’une discrimination systématique et autorisée. Encore une loi contre le voile en France, et personne ne pourra plus douter que la guerre s’est déplacée ailleurs, elle est menée par des armes bien plus perverses que celle artificielles, des armes qui tuent en silence et sans faire de bruit : la haine sociale, la mort de la solidarité entre peuples et de la fraternité entre hommes et femmes différents.
La tolérance envers la différence n’est pas un élément naturel chez l’homme. Elle doit être enseignée, et reconnue par la raison. Comment nous pouvons enseigner des valeurs universelles alors que l’Etat même, que nous représentons dans notre travail, ne les mets pas en pratique ? A l’heure où le ministre de l’éducation propose un enseignement de ‘morale laïque’ dans les écoles publiques, l’Etat frôle ainsi le ridicule à tenter des circonlocutions variées pour cacher son hostilité envers le monde musulman. Il sera impossible ici d’analyser les raisons qui peuvent expliquer cette hostilité et celles qui poussent à considérer les femmes musulmanes voilées de France comme dangereuses (puisque c’est de cela qu’il s’agit). Mieux s’arrêter pour ne pas plonger dans un descriptif qui ferait référence à des anciennes rivalités tellement détestables, mais aussi à des guerres toutes récentes, celle déjà évoquée de l’Amérique, mais aussi celle d’Israël dans la bande de Gaza.
Sommes-nous en train de reproduire en France, sous autre forme plus étouffée, civilisée et perverse, ces conflits bien visibles ailleurs dans le monde ? Qui croira encore au législateur si celui-ci avance masqué ? Le peuple est irrationnel, le législateur est corrompu, le philosophe est athée et porte une chemise noire. Où aller ?

lundi 21 janvier 2013

Doux présent du présent

Une orange sur la table

Ta robe sur le tapis

Et toi dans mon lit

Doux présent du présent

Fraîcheur de la nuit

Chaleur de ma vie

(Jacques Prévert, "Alicante")

jeudi 17 janvier 2013

I am Heathcliff!

C'est une chose que je ne puis exprimer. Mais sûrement vous avez, comme tout le monde, une vague idée qu'il y a, qu'il doit y avoir en dehors de vous une existence qui est encore votre. A quoi servirait que j'eusse été créée, si j'étais toute entière contenue dans ce que vous voyez ici ? Mes grandes souffrances dans ce monde ont été les souffrances d'Heathcliff, je les ai toutes guettées et ressenties dès leur origine. Ma grande raison de vivre, c'est lui. Si tout le reste périssait et que lui demeurât, je continuerais d'exister; mais si tout le reste demeurait et que lui fût anéanti, l'univers me deviendrait complètement étranger, je n'aurais plus l'air d'en faire partie. Mon amour pour Linton est comme le feuillage dans le bois : le temps le transformera, je le sais bien, comme l'hiver transforme les arbres. Mon amour pour Heathcliff ressemble aux roches immuables qui sont en dessous: source de peu de joie apparente, mais nécessaire. Nelly, je suis Heathcliff! Il est toujours, toujours dans mon esprit ; non comme un plaisir, pas plus que je ne suis toujours un plaisir pour moi même, mais comme mon propre être. Ainsi, ne parlez plus de notre séparation ; elle est impossible et ...

Elle s'arrêta et se cacha le visage dans les plis de ma robe. Mais je la repoussai violemment. Sa folie avait mis ma patience à bout.

dimanche 30 octobre 2011

Hadewijch

"Ce que l’Amour a de plus doux, ce sont ses violences ;/ son abîme insondable est sa forme la plus belle ;/ se perdre en lui, c’est atteindre le but ;/ être affamé de lui c’est se nourrir et se délecter ; / l’inquiétude d’amour est un état sûr ;/ sa blessure la plus grave est un baume souverain ;/ languir de lui est notre vigueur ;/ c’est en s’éclipsant qu’il se fait découvrir ;/ s’il fait souffrir, il donne pure santé ;/ s’il se cache, il nous dévoile ses secrets ;/ c’est en se refusant qu’il se livre ;/ il est sans rime ni raison et c’est sa poésie ;/ en nous captivant il nous libère ;/ ses coups les plus durs sont ses plus douces consolations ;/ s’il nous prend tout, quel bénéfice !/ c’est lorsqu’il s’en va qu’il nous est le plus proche ;/ son silence le plus profond est son chant le plus haut ;/ sa pire colère est sa plus gracieuse récompense ;/ sa menace nous rassure / et sa tristesse console de tous les chagrins :/ ne rien avoir, c’est sa richesse inépuisable"

mercredi 26 octobre 2011

l'ART pour l'ART?

Aujourd'hui, la religion a perdu sa capacité de poser des questions, et l'art a pris sa place. Je crois que ces extrémistes sont jaloux de cette spiritualité profonde qui s'est réfugiée dans l'art.
ROMEO CASTELLUCCI

samedi 6 août 2011

Journal Intime de Camillo Casati Stampa

Journal intime de Camillo Casati Stampa -

Siamo tornati a Roma da appena due giorni e la mia amata Anna continua a starsene in disparte e a mostrarsi scontrosa e immusonita.
Oggi io e lei abbiamo fatto una bella camminata lungo una spiaggia semideserta di Focene. È una nostra gradevole scoperta risalente a qualche anno fa, meglio di Ostia dove bisogna rintanar­si in cabina.
È un luogo poco frequentato perché è fuori mano e conosciuto da pochissime persone.
La sabbia in alcuni punti dove forma delle dune è coperta da un po’ di vegetazione, di modo che se uno si vuole spogliare o sì vuole appartare può farlo tranquillamente senza essere visto da nessuno.
Mia moglie era splendida più che mai, camminava davanti a me con il seno superbo scoperto e un piccolo perizoma che le copriva il sesso. Adoro guardare da dietro la sua andatura con l’elegante falcata delle gambe e il movimento basculante delle sue natiche. È come un cavallo di razza nato e fatto per vincere e per essere ammirato, non mi stancherò mai di desiderarla.
Ogni tanto si girava per rassicurarsi che la seguissi e mi sorrideva.
Dopo circa mezz’ora si è messa al mio fianco per parlarmi di una casa che le piacerebbe acquistare in Costa Azzurra a Juan le Pins.
“Basta con l’Ve du Levant! – mi ha detto – Quel posto banale dove tutti praticano nudismo e si può solo guardare gli ammen­nicoli degli altri, mi ha stancata e da quanto ho capito ha stufato anche te. Facciamoci costruire una villa tutta per noi e stiamocene un po’ per conto nostro. Sarebbe ora!”
Presa dalla foga del discorso e delle risate, faceva ondeggiare con grazia sulle spalle i lunghi capelli scuri come l’ebano. La sua bellezza quando è felice diventa luminosa, accecante. Lei sembra­va felice e io, a mia volta, mi sentivo felice del privilegio di posse­dere una tale meravigliosa creatura. Poi, proprio quando ci siamo seduti per riposare, ci sono passati davanti quattro avieri. Quattro ragazzi molto giovani e nemmeno tanto male.
Ho fatto un cenno d’intesa ad Anna, ma lei si è girata visibil­mente seccata dall’altra parte, facendomi capire di non avere nes­suna intenzione di assecondarmi.
“Oggi no, no – mi ha detto con occhi supplici – ti prego! Fammi questa grazia! È una giornata stupenda, non me la rovinare. L’ulti­ma volta, qui, con quel bagnino da due soldi, quel ragazzetto con il costumino a fiori gialli ti ho accontentato, ma oggi lasciami in pace. Se proprio ti va facciamo l’amore noi due, io ti amo davvero e desidero te da solo, non è possibile cercare unavolta tanto di essere una coppia normale?”
“Noi siamo una coppia normale – le ho confermato – io, però, a differenza della maggioranza degli stupidi e ipocriti borghesi, so come fare a rompere la monotonia dell’esistenza. Il sesso banale non fa per noi. Noi due siamo individui straordinari e privilegiati, te ne rendi conto? Mi sembrava che tu, da brava compagna ideale che mi sono scelto, l’avessi capito da un pezzo. Invece da un po’ di tempo ti diverti a fare le bizze, anche se sai che se non mi accontenti sarò costretto a non farti passare il tuo prossimo mensile. Tu personalmente non hai bisogno di soldi perché ogni cosa che ti è indispensabile te la faccio comprare o pagare dal nostro amministratore. Ma il denaro liquido ti serve per farti grande agli occhi del prossimo e soprattutto per passarlo a tua madre. Non capisco perché ti ostini a volerla foraggiare, quando tu stessa ti lamenti della trascuratezza che ha mostrato nei tuoi con­fronti”.
Le parole magiche, come sempre, hanno sortito il loro effetto. Anna si è sfilata il tanga e si è stesa lunga su un accappatoio az­zurro di spugna a cosce divaricate coprendosi il viso con le mani. lo mi sono alzato e ho chiamato vicino a me gli avieri che si erano fermati come paralizzati a guardarla. Quando hanno capito che li invitavo a fare sesso con lei mi hanno guardato a bocca aperta, non ci credevano, pensavano che li prendessi in giro.
Allora ho tirato fuori dal portafoglio un bel po’ di soldi e ho offerto trentamila lire a ognuno di loro dicendo: “Di solito siete voi che dovete pagare per scopare con le prostitute, ora, invece, siete talmente fortunati da essere pagati per farvi una delle più belle donne del mondo, quando lo racconterete ai vostri amici nessuno ci crederà. Su! Potete farlo senza il cappuccio, mi sembrate in sa­lute! Su! Su! Svelti, svelti. Chi è il primo?”
Erano timidi, il più giovane avrà avuto nemmeno vent’anni e forse qualcuno di loro era la prima volta che faceva l’amore. Dopo qualche tentennamento si sono decisi e si sono fatti avanti, in or­dine uno dopo l’altro, non hanno avuto nemmeno il coraggio di spogliarsi, si sono limitati a abbassarsi i pantaloni o a aprime solo la patta. Avevano dei bei membri dritti e, anche se inesperti, ce l’han­no messa tutta! Come gli davano giù e come pompavano!
Uno ha provato a baciarla e lei gli ha sputato in faccia, comun­que il rifiuto sdegnoso non l’ha scoraggiato e non le si è scollato fino a quando non ha terminato.
L’ultimo, un giovincello biondino e riccetto dalla faccia innocen­te che faceva pensare a un cherubino, non la finiva più e quando si è staccato da lei, dopo essere abbondantemente venuto, era anco­ra barzotto. Allora io con un cenno l’ho sollecitato a rimetterglielo dentro e lui ha ricominciato daccapo strizzandole le sise.
Che fregola! Dio! Che gusto! Alla fine gli avieri si sono messi a posto e se ne sono andati.
Anna piangeva raggomitolata sulla sabbia, sporca e scomposta e quanto era desiderabile! Ero così eccitato che invece di mastur­barmi e di venire con le mie mani, come mi piace spesso fare, mi sono tolto i bermuda e l’ho posseduta a lungo, fortemente e prepotentemente e ho goduto nella sua vagina aperta e lubrificata dallo sperma di coloro che l’avevano presa prima di me.
Dio! Le sensazioni divine che ho provato non sono in nessun modo descrivibili! Poi mi sono dato da fare a consolarla, dicendole che l’amavo e che erano proprio queste cose che me la facevano amare ancora di più.
Ma lei non intendeva ragione, ha continuato a piangere e non, la faceva finita, tanto che, visto che non mi riusciva di quietarla in nessun modo e con nessuna promessa, mi sono stancato e l’ho riportata a casa...

Sono preoccupato. Avevo deciso di andare a caccia in Jugosla­via e lei si rifiuta di accompagnarmi, poi le ho proposto di venire con me dai Marzotto sempre per una battuta di caccia all’anatra e mi ha risposto che preferiva rimanere a Roma per riflettere. Su che cosa e su chi dovrà mai riflettere? Secondo me le ha fatto male la compagnia di quel capellone sciroccato. Magari le avrà messo in testa qualcuno di quegli stupidi principi di rivendicazione femmini­le che hanno fatto sì che le donne prendessero posizione contro i maschi e lei si vuole emancipare. Ridicolo!
Da giorni non fa altro che dirmi che con quello che l’ho co­stretta a subire negli ultimi mesi sono arrivato al punto di destare in lei ribrezzo, che ho superato i limiti, che è stanca e che, se non la lascio in pace, vuole andarsene.
Prima, ogni tanto, quando era di malumore, mi diceva che approfittavo di lei e che avrebbe voluto lasciarmi, ma erano solo chiacchiere. Dopo la sfuriata e qualche urletto si rasserenava, io le facevo un bel regalo e tutto si esauriva lì.
Ma questa volta la vedo e la sento diversa, è troppo determinata! lo vorrei che fosse felice con me come lo sono io perché io la amo. Lei con la sua bellezza, la sua sensualità e la sua accondiscen­denza mi ha fatto provare delle sensazioni talmente forti e indi­menticabili alle quali non potrei rinunciare per nessuna ragione al mondo.
Non riesco a credere che si ribelli per amore o per suggeri­mento di uno sbarbatello come Massimo, ma non si può mai dire. Lei non può, non deve amare un altro e non può andare via. lc sono e devo rimanere l’unico suo uomo.
Non posso rinunciare a lei, ho già programmato nuovi esperi­menti sessuali che ci riempiranno piacevolmente la vita.
Pochi giorni fa mi hanno presentato una cantante lirica, una donna di classe, con una gran capigliatura ondulata rosso tiziano naturale e mi sono già messo d’accordo con lei per una sua pre­stazione a casa mia. Non vedo l’ora di poterla vedere lei così fulva di capelli e lattea di carnagione nuda accanto alla bellezza bruna di mia moglie, tutte e due stese su lenzuola di seta nera.
Comunque sia, di una cosa sola sono certo, che Anna è mia, sono io che l’ho forgiata, è una mia creatura e non posso pensare a un futuro da trascorrere da solo o con un’altra donna.
Nessuna, nessun’altra è come lei. Nessuno me la può allonta­nare, nessuno me la può rubare.
Devo farglielo capire meglio, il mio è un grande amore e non potrei mai rassegnarmi a perderla. Dio! come vorrei che riuscisse a capire a fondo i miei sentimenti.
Se solo riuscissi a farle sentire che cosa vuoi dire amare qual­cuno per quello che è, mi accetterebbe, come io ho accettato lei, e il nostro amore così speciale, così unico, sarebbe salvo, potrebbe diventare adamantino, indistruttibile, eterno.
Ma per rendere un amore eterno, forse non basta accettare o “amare per amore dell’amore”, forse si deve andare oltre, supe­rare i limiti limitanti della vita e passare attraverso le soglie della morte.

drugs

jeudi 4 août 2011

IL N Y A PAS D AMOUR

Il n’y a pas d’amour, il n’y a pas d’amour. Non, vous ne pourrez rien atteindre qui ne le soit déjà, parce qu’un homme meurt d’abord, puis cherche sa mort et la rencontre finalement, par hasard, sur le trajet hasardeux d’une lumière à une autre lumière, et il dit : donc, ce n’était que cela.

Bernard-Marie Koltès, Dans la solitude des champs de coton, 1986

dimanche 30 janvier 2011

Lettre d'amour de Napoleon à Josephine

Depuis un mois, je n'ai reçu de ma bonne amie que deux billets de trois lignes chacun. A-t-elle des affaires ? Celle d'écrire à son bon ami n'est donc pas un besoin pour elle ? Dès lors celle d'y penser... Vivre sans penser à Joséphine, ce serait pour ton ami être mort et ne pas exister. Ton image embellit ma pensée et égaye le tableau sinistre et noir de la mélancolie et de la douleur...
Un jour peut-être viendra où je te verrai ; car je ne doute pas que tu ne sois encore à Paris. Eh ! bien, ce jour-là, je te montrerai mes poches pleines de lettres que je ne t'ai pas envoyé parce qu'elle étaient trop bêtes - bien, c'est le mot.
Bon Dieu ! Dis-moi, toi qui sais si bien faire aimer les autres sans aimer, saurais-tu comment on guérit de l'amour ??? Je paierai ce remède bien chère.
Tu devais partir le 5 prairial ; bête que j'étais, je t'attendais le 13. Comme si une jolie femme pouvait abandonner ses habitudes, ses amis, sa madame Tallien, et un dîner chez Baras, et une représentation d'une pièce nouvelle, et Fortuné, oui, Fortuné !
Tu aimes tout plus que ton mari ; tu n'as pour lui qu'un peu d'estime, et une portion de cette bienveillance dont le coeur abonde. Tous les jours récapitulant tes tord, tes fautes, je me bat le flancs pour ne te plus aimer, bah ! voilà-t-il pas que je t'aime davantage. Enfin, mon incomparable petite mère, je vais te dire mon secret : moque-toi de moi, reste à Paris, aie des amants, que tout le monde le sache, n'écris jamais, eh bien !
Je t'en aimerai dix fois davantage.
Si ce n'est pas là folie, fièvre, délire ! Et je ne guérirai pas de cela (oh ! si pardieu, j'en guérirai) ; mais ne va pas me dire que tu es malade, n'entreprends pas de te justifier. Bon Dieu ! Tu es pardonnée ; je t'aime à la folie, et jamais mon pauvre coeur ne cessera de donner son amour. Si tu ne m'aimais pas, mon sort serait bien bizarre. Tu ne m'as pas écrit, tu étais malade, tu n'es pas venue. Le Directoire n'a pas voulu, après ta maladie, et puis ce petit enfant qui se remuait si fort qu'il te faisait mal ? mais tu as passé Lion, tu seras le 10, à Turin ; le 12, à Milan où tu m'attendras. Tu seras en Italie, et je serai encore loin de toi. Adieu ma bien-aimée, un baiser sur ta bouche ; un autre, sur ton coeur, et un autre sur ton petit absent.
Nous avons fait la paix avec Rome qui nous donne de l'argent. Nous serons demain à Livourne, et, le plus tôt que je pourrai, dans tes bras, à tes pieds, sur ton sein.

Roverbella, le 18 messidor

lundi 17 janvier 2011

Descends de mes cils

لو تطلب البحـر فِي عينيك أ 1

أو تطلب الشمس فِي كفيك أرميهـا

أنا أحبـك فـوق الغيـم أكتبهـا 2

وللعصافيـر والأشجـار أحكيهـا

أنا أحبـك فـوق المـاء أنقشهـا 3

وللعنـاقيـد والأقـداح أسقيهــا

إنزل قليلا عن الأهـداب يا رجـلا 4

ما زال يقتـل أحلامـي ويحييهـا



Si tu demandes la mer, dans tes yeux je la verserai

Ou tu demandes le soleil, dans tes mains je le balancerai

Je t’adore, sur les nuages je l'écris au crayon

Aux arbres je parle de toi, et aux oiseaux

Je t’aime, sur l’eau je le sculpte

Et aux grappes et calices je l’arrose

Descends un peu de mes cils, toi l’homme

Qui continue à assassiner mes rêves, puis les réanime

lundi 10 janvier 2011

Pas de ragot sur Rabot

Longue ballade, ce matin, avec mon chien, d'abord dans les champs qui longent le chemin de fer derrière mon jardin, ensuite passage au milieu de l'énorme friche SNCF, ses briques anciennes, des hommes qui parlent, gesticulent, s'inquiètent - j'arrive enfin face à un grand chantier et là, PAN PAN - j'en ai plein la figure: RABOT-DUTILLEUL! Juste derrière chez moi. Oh que c'est mimi. Tous ces ouvriers qui lèvent leur tête de leurs œuvres pour me regarder passer, les pauvres, à travailler dans le froid et le brouillard de ce lundi matin, certains rigolent entre eux en me criant des bonjours pleins de bonne humeur, ils ont la pêche les maçons de chez RABOT - j'ai les écouteurs dans les oreilles - je leur fais un petit sourire pendant que je descends la passerelle, et je tombe sur ce joli tag, RABOT-DUTILLEUL c'est pas n'importe quoi, même dans les tags qui ornent le chantier.




Je contourne le chantier, qui est vraiment très grand. Des ouvriers travaillent au bout du ciel, on dirait des anges avec leurs casques de sécurité et leurs ailes vert fluorescent...



Mon chien tire la laisse pour aller au parc rencontrer ses potes.

samedi 8 janvier 2011

Nuit

J'étais dans une nuit à nulle autre égale...
Lorsque tu es venu, mon amour,
tu as transformé ma nuit en jour heureux,
tu as chanté et gracieusement tu m'as versé du vin
en disant des mots divins et sacrés que je n'ai
jamais oubliés ...
et la nuit s'en est allé comme de la fumée.

dimanche 7 novembre 2010

Dors bien dors bien

Funérailles

Plantez un romarin
Et dansez sur la tombe
Car la morte est bien morte
C'est tard et la nuit tombe

Dors bien dors bien

C'est tard et la nuit tombe
Dansons dansons en rond
La morte a clos ses yeux
Que les dévôts prient Dieu

Dors bien dors bien

Que les dévôts prient Dieu
Cherchons-leur des prie-Dieu
La mort a fait sa ronde
Pour nous plus tard demain

Dors bien dors bien

Pour nous plus tard demain
Plantons un romarin
Et dansons sur la tombe
La mort n'en dira rien

Dors bien dors bien

La mort n'en dira rien
Priez les dévôts mornes
Nous dansons sur la tombe
La mort n'en saura rien

Dors bien dors bien

dimanche 31 octobre 2010

Tutti i morti

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

Victor Hugo - Pauca Meae (Les Contemplations)

mardi 26 octobre 2010

Ministère Amer





Ministère A.M.E.R. - Un été à la cité
(album "95200", 1994)

Passi
Sarcelles-Garges, 11 heures, le soleil brille, brille, brille.
Je me lève tard tant pis, je chercherai du taf lundi
J'allume ma stéréo sur du lid-so,
Le temps de regrouper mes idées avant ma série préférée.
Je vais me doucher déjeuner et mettre mon nouveau Lacoste pour flamber.
Oh merde qu'est-ce que je vais encore fout'de ma journée.
Les bécanes font un bruit à réveiller un mort.
La capitale des lascars n'est pas tranquille pour un mec qui dort.
Cette nuit, j'ai fait un rêve à vrai dire un cauchemar,
Faut que j'écrive ça fera sûrement un rap pour plus tard.
Il est midi, la chaleur fait monter chez moi l'odeur du "chep" et cantonnais du deuxième,
Le couscous et colombo du troisième mélange au saka saka du quatrième.
Comme le dit Jacques Chichi décontracté à chaque étage,
Ça sent la bouffe, une vie de louf.
Dans mes escaliers tout le monde a signé, d'autres ont pissé,
Des chiens ont chié. Il n'y a plus de respect
Donc la gardienne gueule sa mère, fait des simagrées.
Ma famille crie : trouve un métier. Je dois m'évader.

Il est 13 heures je descends faire du biz dans le quartier.
Un mec de la base propose un putain de plan naze.
Ce chien-pédé-enculé a du me prendre pour un toxico.
De plus eu plus crevards tous prisonniers de la nai-mo.
Dur, dur de penser au cachot alors qu'il fait chaud.
On surveille ses arrières pour ne pas se faire serrer, c'est ça un été à la cité

Stomy
14 heures, le soleil brûle sa mère. On pourrait fondre du cobalt.
Moi et mes sauces, on grille nos culs de nègres sur l'asphalte.
Ceux en galère de femmes ou allergiques à Paname
Restent se faire de l'argent dans la dinam.
Messieurs, mesdames, attendre par ce temps c'est chiant.
On se raconte des histoires d'avant, du bon vieux temps,
Comme si on avait cinquante ans.
Quelques flics s'arrêtent, font du cinéma pour montrer aux français
Qu'ils peuvent entrer dans les cités.
Mais quand il y a du dawa Vous avez appelé la police ?
Ne quittez pas. En voyant passer les raclies de la te-ci
Je pense à celles parties au pays. Elles vont revenir cramées,
Bondas bronzées, bondas bombées.
Elles seront trop bonnes, elles voudront qu'on leur donne.
Et le Dieu Vacances les aura changées en cochonnes.
Certains ont repris le ballon, se prennent pour des champions.
Faux goumés pour s'amuser en même temps pour se tester.
Le marchand de glaces passe.
Petits négrillons et bougnoules ne tiennent plus en place.
Kalis après kalis. Seize après seize. Nistoires sur les mecs qui pèsent.
Histoires de baise.
On ne voit pas le temps passer, normal, ti mal, c'est ça un été à la cité.

23h30, les boutiques ferment. On fait les comptes.
Bonne journée. Ca te tente ?
Certains veulent faire nocturne.
Parler, rigoler, crier (au clair de la lune), jouer à chat policier.
J'ai déjà donné. Je vais dérouler Blanka
Pendant que les stokmas de deux en tee-shirt ont froid.
Les petits du haut de leur fenêtre nous guettent et veulent en être.
Avant qu'un trou du cul de cocu nous tire dessus,
Je m'arrache, le temps de yégri des vilcis,
Savater des camés qui viennent traîner dans le quartier.
Je ne sais pas ce que vous foutez,
maintenant vous savez comment se passe un été à la cité.

Passi
Minuit direction le camion pour s'envoyer un guèse.
Tard le soir, là où la chiré pèse.
Vannes sur vannes chacun prend sa part.
Les sauces en savent beaucoup et le remettent sur le trottoir.
On vit au jour le jour on a fait du profit. C'est une putain de saison.
L'heure du sommeil pousse le désir des chattes.
Donc certains escaladent pour dormir chez leurs rates ou chez la tienne.
Toute façon l'été on tâte les tétés en chaleurs sont les chiennes.
Une heure, fatigué, je rentre à la case, tandis qu'à la télé rien que du naze,
Je vais me coucher. Encore un jour où j'étais goût-dé.
Demain la même journée. Oui ça c'est un été à la cité

dimanche 24 octobre 2010

Ambiance du dimanche


Madonna - Frozen
envoyé par johndee666. - Clip, interview et concert.



Mmmmmmm... If I could melt your heart
Mmmmmmm... We'd never be apart
Mmmmmmm... Give yourself to me
Mmmmmmm... You are the key

vendredi 24 septembre 2010

samedi 14 août 2010

Je te promets le sel au baiser de ma bouche
Je te promets le miel à ma main qui te touche
Je te promets le ciel au dessus de ta couche
Des fleurs et des dentelles pour que tes nuits soient douces

Je te promets la clé des secrets de mon âme
Je te promets la vie de mes rires à mes larmes
Je te promets le feu à la place des armes
Mais jamais des adieux rien que des au-revoirs

J'y crois comme à la terre, j'y crois comme au soleil
J'y crois comme un enfant, comme on peut croire au ciel
J'y crois comme à ta peau, à tes bras qui me serrent
J'te promets une histoire différente des autres
J'ai tant besoin d'y croire encore

Je te promets des jours doublent comme tes veines
Je te promets des nuits rouges comme tes rêves
Des heures incandescentes et des minutes blanches
Des secondes insouciantes au rythme de tes hanches

Je te promets mes bras pour porter tes angoisses
Je te promets mes mains pour que tu les embrasses
Je te promets mes yeux si tu ne peux plus voir
J'te promets d'être heureux si tu n'as plus d'espoir

J'y crois comme à la terre, j'y crois comme au soleil
J'y crois comme un enfant, comme on peut croire au ciel
J'y crois comme à ta peau, à tes bras qui me serrent
J'te promets une histoire différente des autres
Si tu m'aides à y croire encore

Et même si c'est pas vrai, si on te l'a trop fait
Si les mots sont usés, comme écris à la craie
On fait bien des grands feu en frottant des cailloux
Peut-être avec le temps à la force d'y croire
On peut tout essayer pour voir

Et même si c'est pas vrai, même si je mens
Si les mots sont usés, légers comme du vent
Et comme notre histoire se termine au matin
J'te promets un moment de fièvre et de douceur
pas toute la nuit mais quelque heures ...

Je te promets le sel au baiser de ma bouche
Je te promets le miel à ma main qui te touche
Je te promets le ciel au dessus de ta couche
Des fleurs et des dentelles pour que tes nuits soient douces...



vendredi 6 août 2010

A lire en plein air

[...à Villeneuve d'Ascq, Cité Scientifique, près des batiments de chimie...]


HAIKUS


The rooster at dawn
The hen asleep
-- Frying eggs in a chicken coop

Le coq à l'aube
La poule dort
-- Faisant frire des oeufs dans un poulailler

And this is Zeus
a plucked pear
bitten into by an American child

Et voici Zeus
une poire cueillie
mordue par un enfant américain

A man crosses the street
I stand on the corner applauding him
-- he made it !

Un homme traverse la rue
Du coin de la rue je l'applaudis
-- il a réussi !

By the hammer
By the blow
-- the nail finds its way

Par le marteau
Par le coup
-- le clou trouve le chemin

The mother's talk
The child's ear
-- the plans of a kingdom burn

Les paroles de la mère
Les oreilles de l'enfant
-- les plans d'un royaume brûlent

My little niece forgive me
In the noon cursed wind
I can't be an uncle

Ma petite nièce pardonne-moi
Dans le vent de midi damné
Je ne peux pas être un oncle

And oh and now I know
Having had enough of her
How women suffer.

Et oh et maintenant je sais
En ayant eu assez d'elles
Comment souffrent les femmes.

ma tête, ce soir

ma tête, ce soir

Accouplé à la peur
entre la vie et le vide

le cou engendre le couteau

et le Coupeur de têtes
suspendu entre la tête et le corps

éclate de mou rire

(Ghérasim Luca, A gorge dénouée)

de quoi Elise est-il le nom?

nous sommes nombreux mes frères